Voyage au cœur de la surcharge informationnelle

Proxy et taf : le proxy-taffing

Sous couvert de sécurité et de contrôle de la productivité, l’entreprise ne se coupe-t-elle pas de certaines pratiques innovantes ?

Au travail, j’ai mis en place il y a quelques mois un système de diffusion de l’information collectée lors de ma veille web. Rien de très compliqué, des alertes Google, des recherches Twitter et des tas de flux RSS agrégés dans un Google Reader. Le système me remonte un peu plus d’une centaine d’éléments par jour. Il y a pas mal de bruit, mais je m’en sors sans trop de problèmes. Le seul souci c’est la diffusion. J’ai d’abord pensé à mettre en place Diigo au sein du service. Ça fait collaborer les collègues (du moins, en théorie), et c’est plutôt amusant à utiliser. Sauf… Sauf que le service est bloqué par le proxy… Oui, la « catégorie Stockage / Sauvegarde de réseaux personnels » est filtrée. J’enrage. Je vais pas être obligé de retourner sur Delicious quand même ?

Bah si. J’ai cherché et je n’ai pas trouvé mieux. Si Larry Page n’avait pas son obsession malsaine pour Google+, je me serais contenté de la liste de partage de GReader. Sauf qu’elle a été plus ou moins supprimée (il est possible de récupérer les fonctions de partage via un script greasemonkey, mais ça reste du bricolage…). Bref, Delicious : un bookmarklet dans le navigateur de tous les collaborateurs et hop, tout le monde peut contribuer ! Sauf… Sauf que personne ne va jamais lire ce qui est sur delicious…

On est à l’heure du Push, et je demande aux collègues de vérifier un site tous les jours pour voir s’il y a de la nouveauté? Pas logique. Il y a un flux RSS. Mais personne n’a de lecteur. Je vais pas faire installer un lecteur par la DSI, ça sera forcément non. Et de toute façon personne ne l’utilisera. Ce satané mail est encore trop présent dans l’organisation. J’enrage encore. J’enrage mais je suis quand même content un peu. Les soucis techniques ça me fait marrer. Je lance la musique du générique de MacGyver et je commence à bidouiller.

Il me faut un système qui crée une newsletter à partir d’un flux RSS. Et surtout, il faut que ce système accepte plusieurs adresses mail. Après une recherche aboutissant à beaucoup de blocages proxy, je tombe sur la perle : Nouri.sh. Sonnez hautbois, résonnez trompettes, j’ai trouvé LA SOLUTION. Sauf… Sauf que le service ne fonctionne pas. Les courriels sont visiblement bloqués par le serveur mail de la boite…

J’enrage toujours. Pas grave, à la guerre comme à la guerre, je vais faire ça à la main. Une à deux fois par semaine, je recopie donc titre et description de ce qui est ajouté et le diffuse par mail à mes collègues accompagné de l’adresse du compte delicious. Ça marche relativement bien, je commence à avoir des retours positifs. Sauf… Sauf que le proxy a décidé de tout bloquer depuis un mois.

J’abdique. J’ai attendu 3 semaines que l’informatique nous débloque delicious. Je viens de passer à une bête lettre de veille à la main, avec des jolis copiés-collés dans un mail. Et vu qu’on est encore sous une version antédiluvienne de Lotus Notes, les seules personnalisations pas trop moches c’est le gras et l’italique… Attention les yeux…

Tout ça pour dire que…

A moins d’être Google ou Facebook, jamais l’entreprise n’aura la réactivité et la capacité d’innovation des WebApps. Alors, pourquoi vouloir bloquer à tout prix ces sites ? Deux raisons essentielles que je trouve contestables :

1> La sécurité : quand j’ai travaillé pour l’armée Française, je me suis aperçu qu’ils avaient une solution radicale : deux postes pour chaque individu. Un intranet, sécurisé, et un internet, libre et ouvert. Malgré ça, les problèmes de sécurité continuent d’exister. Même avec un antivirus performant et un firewall configuré correctement, les virus, les attaques, les problèmes de confidentialité continueront. Et rien n’empêchera jamais un employé d’avoir une loyauté fluctuante une fois rentré chez lui…

2> La productivité : selon une étude récente, le web en entreprise en France représenterait 89 minutes de surf perso, et couterait jusqu’à un mois de travail par an. Effectivement, des chiffres pareils font peur. Mais d’autres approches sont possibles !

Mi-mars, Slate.fr présentait le concept des vacances illimités. Selon l’article, contrairement à ce que l’on pourrait penser, donner à ses salariés la possibilité de prendre autant de vacances qu’ils le souhaitent augmente la productivité. Avec les moyens de mobilité actuels, ils travaillent partout et tout le temps. Les managers se contentent d’exiger une certaine quantité de travail à une certaine date. Et ce ne sont pas de petites entreprises avec un hippie en guise de PDG qui ont proposé ce système ! On retrouve IBM et Netflix, excusez du peu !

C’est selon moi la clé : plutôt que de bloquer de façon arbitraire tel ou tel site, un management plus souple et une responsabilisation des agents permet de libérer les pratiques innovantes. Le seul véritable frein, c’est la perte de pouvoir. En effet, laisser les gens travailler à leur manière induit forcément une certaine horizontalité, car les usages et la parole de chacun peuvent être intéressants pour l’organisation entière. Et en France, la verticalité reste encore la règle.

Mais franchement, qu’est ce qu’on risque à essayer ?

2 commentaires
  1. Au boulot j’ai développé une plateforme sur Netvibes pour ma chef et ses collègues pour de la veille stratégique ? Elle est super contente mais j’ai peur qu’elle soit pas consulté souvent … ten penses quoi de netvibes ?

    • Netvibes j’ai un peu du mal pour faire de la veille. Mais pour diffuser de l’information c’est plutôt sympatoche. J’y avais pensé pour le travail, mais encore un fois c’est un site qui est partiellement bloqué via le proxy. Grrrr.
      Quant au problème de la consultation… C’est un peu tout le temps pareil… On ne peut pas obliger les gens à lire quoi que ce soit. Au mieux on peut leur faire comprendre l’intérêt qu’ils auraient à lire. Et rappeler que le service existe 🙂

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